Cody — Deux années de plus, une vie remplie d’amour
Cody — Deux années de plus, une vie remplie d’amour
L'an dernier, nous avons dis adieur à notre beau Cody.
Dire adieu à un résident n’est jamais facile, mais certaines histoires laissent une empreinte encore plus profonde que d’autres. Celle de Cody en fait partie.
Cody nous a quittés, mais il laisse derrière lui quelque chose de précieux : la certitude que chaque jour offert compte.
Quand Cody est arrivé chez nous, il avait environ 17 ans.
C’était un magnifique cheval Haflinger, avec une grande crinière blonde digne d’un cheval de conte de fées. Mais derrière cette apparence se cachait une réalité beaucoup plus difficile.
Cody était très mal en point… et il faut bien le dire : extrêmement crasseux. Sale, très maigre, et dégageant une odeur inquiétante d’infection, il arrivait pourtant à conserver ce petit air de cheval princier malgré tout. Sa robe pâle tachait facilement, et Cody semblait toujours trouver le moyen d’en rajouter une couche — que ce soit avec de la boue, de la terre ou tout ce qu’il trouvait sur son passage.
Il souffrait énormément : il ne marchait que sur trois pattes, incapable de mettre du poids sur la quatrième tant la douleur était intense.
Dès son arrivée, nous l’avons soigneusement brossé, nettoyé et évalué. L’odeur provenait de son fourreau, que j’ai entrepris de nettoyer délicatement. Une fois ces premiers soins donnés, Cody a été installé dans un enclos à part, tout près des autres chevaux. Il pouvait les voir, les sentir, mais sans risquer d’être bousculé. L’intégration d’un nouveau cheval peut être brutale — et Cody n’était clairement pas en état de se défendre.
Les premiers jours ont été éprouvants.
Cody passait presque toute la journée couché. Les chevaux ne devraient pas rester couchés aussi longtemps, alors je devais l’aider, le forcer doucement à se lever et à marcher un peu pour soutenir sa circulation sanguine. Je le nourrissais et l’abreuvais même lorsqu’il était couché.
L’automne abitibien s’installait, et comme il n’avait pas beaucoup de gras, je lui avais mis une couverture pour le protéger du froid.
Une couverture qu’il aimait… malmener. Cody avait ce petit côté espiègle : il trouvait souvent le moyen de tirer, de coincer ou carrément de briser ses couvertures, comme s’il voulait rappeler qu’il restait, malgré tout, un cheval bien décidé à faire les choses à sa façon.
Le vétérinaire est venu assez rapidement. Bonne nouvelle : aucune fracture. Mauvaise nouvelle : plusieurs foyers infectieux dans son corps. Même si son fourreau dégageait une odeur, il n’y avait pas d’infection active à cet endroit. Un traitement d’antibiotiques et d’anti‑inflammatoires a donc été amorcé pour deux semaines, avant de refaire des prises de sang
C’est durant cette période que nous avons découvert l’ampleur réelle de sa souffrance : des abcès dans ses sabots.
Un sabot en avait trois. Oui, trois. C’était cette patte‑là qu’il refusait d’utiliser.
Au total, trois pattes sur quatre ont développé un ou plusieurs abcès en l’espace de quelques semaines. Il avait eu si mal… son corps était épuisé. Il était même à risque de faire des plaies de décubitus tant il restait couché.
Il a fallu du temps, beaucoup de soins et de patience pour que son corps commence à se remettre.
Après deux semaines, un immense soulagement : plus aucune infection. Cody se levait un peu plus chaque jour, marchait davantage par lui‑même.
Durant sa convalescence, une de nos juments, Stella, restait constamment près de son enclos. Elle semblait vouloir le rejoindre, jour après jour.
J’ai finalement tenté le coup. Prête à intervenir si nécessaire.
Mais il n’y a jamais eu de tension. Ce fut un coup de foudre instantané.
Stella est devenue son soutien, son réconfort, sa compagne. Grâce à elle, Cody a repris confiance, moralement et physiquement. Après une période d’adaptation, il a pu être intégré doucement au groupe. Tout s’est très bien passé.
L’hiver suivant, Cody a développé une boiterie à une patte avant. Peu à peu, cette patte est devenue crochie. Au printemps, des radiographies ont révélé une arthrose sévère et une subluxation osseuse de l’articulation.
La recommandation vétérinaire était l’euthanasie.
Mais Cody n’était pas prêt.
Et moi non plus.
Il avait encore cette étincelle dans les yeux. Cette envie de vivre. Nous avons donc mis en place un plan de gestion de la douleur, qui a fonctionné au‑delà de nos espérances.
Cody était heureux. Présent. Entouré de ses amis.
Il lui arrivait même de trotter… et parfois de sauter de petits fossés — malgré sa démarche imparfaite.
Plus tard, un abcès est apparu sur une patte arrière. Il ne voulait pas guérir. Je l’ai traité pendant des mois. Entre‑temps, Cody perdait du poids malgré une alimentation généreuse.
Puis l’idée s’est imposée : la maladie de Cushing.
Les tests l’ont confirmé.
Avec la médication, Cody a repris du poids, du poil, et une belle vigueur. Mais sa patte avant, lourdement atteinte par l’arthrose, continuait de se détériorer. Il commençait à être difficile de parer ses sabots, il avait de plus en plus de difficulté à se tenir sur 3 pattes.
Un jour, sans urgence, sans drame… j’ai su.
C’était le moment.
Cody avait repris du poids.
Sa patte arrière était presque guérie.
Mais sa patte avant ne guérirait jamais.
Je lui aurai offert plus de deux années supplémentaires — deux années de liberté, d’amis, de soins, de boue, de couvertures brisées et de douceur. Je ne regrette pas ce choix.
Cody était un cheval doux, calme, incroyablement affectueux, avec son petit côté tannant bien à lui. Je l’appelais tendrement Barbie boy, pour son allure de cheval de princesse, sa grande crinière blonde… et son talent bien particulier pour se salir malgré tout.
Alors, par une belle journée de mai, Cody a eu droit à un bol rempli de moulée bien sucrée, celle dont il ne pouvait pas manger habituellement.
Puis il a pu brouter de la belle herbe tendre pendant que le vétérinaire se préparait.
Une première injection pour qu'il se couche tout en douceur...
Puis une deuxième pour partir paisiblement.
Un dernier souffle et puis voilà, c'est fini.
Stella, sa meilleure amie, l'a cherché pendant 2 jours, hennissant fréquemment après lui, sans aucun retour... Elle a fini par comprendre.
Ton histoire est la preuve qu’un sauvetage ne se mesure pas en années, mais en qualité de vie.
Merci pour ta confiance. Merci pour ta présence. Merci pour ce que tu nous as appris.
Tu resteras à jamais dans nos cœurs.