Ce matin, comme chaque matin depuis maintenant plusieurs mois, Capucine est venu m'accueillir à la porte avant de me reconduire à sa tablette pour que je la monte manger sa moulée. C'était notre petite routine. Ce matin, elle a mangé avec appétit le petit biscuit que je lui avais cuisiné, j'étais encouragé. Ce soir toutefois, j'ai eu un mauvais feeling en mettant les pieds au sanctuaire... Pas d'accueil non plus... Et j'ai trouvé Capucine, morte .
Je ne peux pas dire que je suis surprise, mais ça ne fait pas moins mal... vendredi dernier, j'avais fait un RDV de suivi avec notre vétérinaire. J'étais venu à bout de son abcès dentaire et de ses multiples doigts, mais elle semblait avoir développé une infection aux sinus (une complication fréquente des problèmes dentaires chroniques). J'avais eu une longue discussion avec elle à savoir si je m'acharnais trop. On avait pris la décision d'essayer un nouveau traitement antibiotique et d'évaluer à mesure la suite, selon sa réponse au traitement. On avait tout de même la suspicion d'une possible atteinte rénale vu la longueur de ses traitements ATB et AINS pour son abcès dentaire et ses symptômes actuels. J'étais en instance de vérifier les options pour effectuer un bilan sanguin complet pour pouvoir évaluer le tout... Mais je n'ai pas eu le temps.
Capucine semblait encore prête à se battre, mais je crois que son corps, lui, n'en pouvait plus. Depuis toujours c'était une lapine plus fragile. Elle est arrivée au sanctuaire comme une lapine peu sociable, mais on a rapidement développé un lien fort. Encore plus depuis sa maladie. Malgré plusieurs mois de traitement, un voyage à Québec dans une tempête de neige, plusieurs centaines de dollars de frais vétérinaires, je ne regrette rien. J'ai eu plus de temps avec elle, j'ai pu doucement me faire à l'idée de la perdre dans un avenir proche... Mais tenir son minuscule corps avec ses petites pattes toutes raides et sa tête toute molle, ce n'est pas moins difficile... Pleurer dans sa douce fourrure, la tenant collée contre moi, en reniflant pour une dernière fois son odeur et en lui donnant ses derniers bisous, ça n'est pas moins difficile... L'envelopper doucement dans une couverture, raser quelques poils pour en faire un souvenir et la déposer dans le congélateur pour pouvoir l'enterrer cet été, ce n'est pas moins difficile... Puis continuer ma journée parce que j'ai encore plusieurs enclos à nettoyer et que tous les autres cocos comptent toujours sur moi, ce n'est pas moins difficile...
Je n'ai aucun regret d'avoir tout tenté pour elle. C'était ma soul bun, ma petite crapule d'amour, je n'ai pas de regret de me dire "et si". Mais, même en ayant fait tout cela, je me demande quand même "aurais-je pu faire plus?". Je reçois tellement de critiques que c'est devenu mon réflex à temps plein... Avec l'histoire du MAPAQ qui ne finit plus, je suis marquée... Profondément... ça crée des réflexes et des peurs que j'aurais préféré ne pas connaitre. Je suis, d'amblé, une personne anxieuse (j'ai un trouble anxieux généralisé diagnostiqué d'ailleurs) et, même avec la bonne médication, ce genre d'évènement laisse des grosses marques pour moi. Donc, en plus de pleurer ma lapine ce soir, je suis inquiète de tout le reste et je suis fatiguée de tout ce que j'ai vécu à cause des humains et de tout ce qui s'en vient encore... Malgré tout, je ne peux pas abandonner mes amours ni la mission que j'ai commencés. Ce soir, j'ai le cœur en miette et l'esprit très fatigué, mais demain matin, je vais me lever, me rendre à mon "vrai" travail (celui qui paie mes factures et une bonne quantité de celles du sanctuaire, car aucun financement autre que celui du public n'existe pour nous ), puis je vais ensuite faire ma ronde, mon travail "de soir", celui qui me coute de l'argent, plutôt que de m'en rapporter, celui pour lequel je donne plus de 20h par semaine, celui qui me fait vivre parfois l'enfer, pas avec les animaux, mais, avec les gens... Ceux qui ne vont jamais offrir leur aide, mais qui vont me juger, ou encore me faire du trouble. La seule misère que ces animaux me font vivre, c'est lorsqu'ils partent... Chacun d'eux part avec un petit morceau de mon cœur, mais les aimer en vaut la peine.
Ce soir je suis heureuse d'avoir eu 4 années avec Capucine, même si, ce soir, elle m'a brisé le cœur bien malgré elle. La vie est drôlement faite, ce matin, elle était bien vivante et, ce soir, la vie l'avait quitté. Les lapins sont tellement fragiles.
Ma petite crapulette d'amour, je vais t'aimer et penser à toi toute ma vie
PS Pour les gens qui auraient envie de chialer contre les gens comme moi, abstenez-vous... Offrez de l'aide, faite des dons (le vrai problème des sanctuaires comme le mien, c'est le manque de ressources et l'inexistence d'aide financière pour les animaux autres que la faune et les chiens et chats au Québec), mais si vous ne faites rien, vous n'avez pas le droit de juger!